C’est l’histoire d’un engagement qui s’est ensablé dans l’océan Indien. Le 21 avril 2025, quelques mois après le passage du cyclone Chido, Emmanuel Macron se rend à Mayotte et annonce, lors d’une prise de parole au conseil départemental, que l’Etat va déployer un ensemble de moyens humains et technologiques pour juguler le flux de clandestins arrivant des Comores. Il promet le déploiement d’un plan baptisé selon ses mots “Uhura wa shaba”, autrement dit en mahorais “mur de fer”.
Ce dispositif composé d’un système global de surveillance sera, claironne le chef de l’Etat, déployé “dès la fin de l’année” pour ce qui concerne les “intercepteurs radar”, avant d’être “pleinement mis en place” et “avoir tous ses effets à horizon début 2026”. Déjà, en 2024, avant la catastrophe naturelle, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait promis, ce qu’il appelait, un “rideau de fer” . Sauf que le compte n’y est pas, déplorent des élus locaux.
Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu se rend dans le 101e département français ce mercredi 25 et jeudi 26 août 2026, trois parlementaires contactés par POLITICO pestent contre l’enlisement du chantier. Pour Thani Mohamed Soilihi, également sénateur (RDPI) et ex-ministre macroniste, “certaines choses ne se sont pas déroulées comme dans les prévisions annoncées par les autorités”. De son côté, la députée LIOT Estelle Youssouffa parle d’un résultat “inexistant”.
Un appel d’offres, publié par le ministère de l’Intérieur le 12 août et repéré par POLITICO, dévoile l’ampleur du retard pris par le programme “mur de fer”. Celui-ci vise à recruter un prestataire extérieur, dont le rôle sera justement d’accompagner l’administration dans la mise en place globale du dispositif. Selon le phasage détaillé dans le règlement de consultation de l’appel d’offres, le plan “Uhura wa shaba”, dans toutes ses composantes, pourrait ne pas être pleinement opérationnel avant fin 2029, voire 2030.
En effet, une fois le prestataire sélectionné — fin 2026, au plus tôt, d’après les délais fixés dans ce document — celui-ci devra s’engager dans la préparation, puis l’organisation d’un “dialogue compétitif” pour choisir les industriels susceptibles de fournir les équipements et technologies nécessaires, pour une période de 33 mois au total. S’en suivra la phase “d’exécution” de ce chantier, pendant 51 mois. Lancer un tel chantier maintenant, c’est aussi un constat d’échec sur ce qui a été fait ces dernières années”.
Dans l’appel d’offres, le ministère reconnaît lui-même que la “couverture des radars installés au début des années 2000 est significativement incomplète”. Celle-ci s’est retrouvée d’autant plus fragilisée par la tempête Chido qui a détruit une large partie des moyens de surveillance et d’interception. Mais “ces radars ne disposent toutefois pas d’une portée de détection équivalente à celle des anciens radars”, pointe un rapport sénatorial publié en avril 2026 sur Mayotte et la Réunion.
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