Alors que s’ouvre VivaTech, le patron de Mistral AI, Arthur Mensch, monte sur scène pour l’une des tables rondes les plus attendues du salon : l’à peine trentenaire, impeccablement cravaté, doit prendre la parole au côté de Jensen Huang, tout puissant PDG du géant des puces Nvidia, pour annoncer un partenariat stratégique entre les deux entreprises. Alors que le président Emmanuel Macron les rejoint avec quelques minutes de retard, l’Américano-Taïwanais se tourne vers le jeune patron français et lui glisse, d’un air entendu : “Your president worked really hard for you” [“Votre président s’est vraiment démené pour vous”]. Même pour le patron de la société la mieux valorisée au monde, ce volontarisme présidentiel surprend.
Sur scène, le voilà qui fait rosir de plaisir le chef de l’Etat français, en illustrant son activisme : “J’ai dit au président qu’Arthur et Mistral avaient besoin du soutien des plus grandes entreprises françaises. Monsieur le président m’a dit : ‘Quelles sont-elles ? Laisse-moi les appeler !’” Ce sera fait.
Au moment d’officialiser leur accord, les deux entreprises et l’Elysée peuvent déjà annoncer que BNP Paribas, Orange, la SNCF ou encore Thales ont manifesté leur intérêt pour ce partenariat, qui a acté l’entrée de Mistral dans le domaine de la capacité de calcul informatique, maillon crucial de la chaîne de valeur de l’IA. L’épisode relaté par le patron de Nvidia illustre tout à la fois l’inclinaison du gouvernement à promouvoir sa start-up nationale, et la manière dont Mistral a pris appui sur l’exécutif pour se hisser auprès des plus grandes entreprises d’IA générative. Lancée en 2023 par trois cofondateurs, Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, Mistral AI a d’emblée fait un choix : miser sur un lien étroit avec l’exécutif français, et en particulier avec Emmanuel Macron.
Interrogés par POLITICO, une douzaine de responsables publics et de représentants de l’écosystème technologique décrivent ainsi la construction d’une relation privilégiée, qui a permis à Mistral de se faire une place auprès de l’Etat et à la table des leaders internationaux de l’IA. Or, à quelques mois de l’élection présidentielle et alors que l’Europe s’interroge sur sa capacité à défier les champions technologiques chinois et américains et à gagner en indépendance technologique, Mistral AI est face à un tournant. L’entreprise, qui compte désormais plus de 1000 salariés, doit maintenant se projeter dans l’après-Macron.
Dès sa naissance et sa première levée de fonds en 2023, la start-up — qui n’a pas souhaité répondre à POLITICO dans le cadre de cet article — a fait le choix de se rapprocher du secteur public. Ainsi, Bpifrance, la banque publique d’investissement française, fait partie de ses premiers investisseurs. Les bonnes fées en question sont le gratin du capitalisme et du secteur technologique français, qui ont joué des rôles essentiels d’entremetteurs, de mécènes et de leveurs de fonds.
Parmi eux, le milliardaire Xavier Niel, mais aussi Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin, cofondateurs de la start-up spécialisée dans l’assurance Alan. En 2022, ils sont mus par un même objectif : contribuer à faire émerger un géant européen de l’intelligence artificielle. Ils ont ainsi activé leurs réseaux pour identifier les chercheurs français les plus prometteurs du secteur de l’IA.
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