PARIS — C’est un mouvement interne qui ne fera pas les gros titres, mais qui dit beaucoup de la réorganisation en cours de l’équipe de campagne de Marine Le Pen : Renaud Labaye, le secrétaire général du groupe Rassemblement national à l’Assemblée, devrait quitter ses fonctions mi-septembre pour gérer la communication et les relations presse de la candidate à la présidentielle, a révélé POLITICO début septembre. Ce prochissime de la candidate rejoint donc l’aréopage chargé de la porter au pouvoir en 2027, après des mois d’incertitude sur sa capacité à être candidate. La team Le Pen, ainsi resserrée autour de sa championne, doit réaffirmer sa ligne, laissant ainsi transparaître des dissonances avec son Premier ministre potentiel, Jordan Bardella.
Dans un mouvement inverse, le président du parti a perdu fin août l’un de ses plus proches conseillers, François Durvye — un départ “souhaité” par Marine Le Pen, a-t-elle a fait savoir sur BFMTV. Il faut dire que l’homme se serait rendu coupable d’avoir encouragé Jordan Bardella à maintenir sa candidature à la présidentielle, le 7 juillet dernier, alors que Marine Le Pen venait d’être condamnée mais autorisée par la justice à se présenter, selon Libération. Cet ex-directeur général d’Otium Capital, holding du milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, a lui assuré au Figaro qu’il quittait le navire lepéniste faute de pouvoir y défendre sa ligne libérale.
Depuis l’arrêt de la cour d’appel qui a permis à “la patronne”, comme la surnomment ses ouailles, d’être candidate, elle a réaffirmé ses vues tant sur la réforme des retraites que sur la question sensible de l’interdiction du voile musulman, faisant naître des interrogations sur le rôle du président du parti dans la campagne. La répartition des tâches entre les deux serait pourtant claire comme de l’eau de roche. A “MLP” la campagne pour l’Elysée, à Bardella celle pour les législatives et Matignon, comme futur Premier ministre.
En réalité, les missions des cadres du parti à la flamme ne sont pas encore toutes définies à sept mois du scrutin. Les fidèles de la quadruple candidate savent que des postes distribués en début de course évoluent toujours au fil de la campagne. Un cadre du RN, ayant demandé à rester anonyme pour parler plus librement, avertissait ainsi POLITICO fin août : “Ne rationalisez pas trop.” Si des interrogations, soupçons de déloyauté et équilibres à trouver demeurent, l’organigramme se met en place.
Ceux-là étaient déjà des “pièces maîtresses”, dixit Philippe Olivier, conseiller spécial de MLP, de la campagne de 2022. Le député de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, et le bientôt ex-secrétaire général du groupe à l’Assemblée nationale, Renaud Labaye, restent des rouages clé de l’organisation de la candidate. Les deux hommes participent à l’essentiel des réunions stratégiques, sur son programme présidentiel ou pour la préparer aux rendez-vous médiatiques.
Ce qui ne les empêche pas de se faire parfois rabrouer sans ménagement par leur championne, quand ils abordent des sujets dont elle ne veut pas discuter, comme son procès, ou qu’elle ne goûte pas leurs sorties dans la presse. Si Labaye s’apprête donc à rejoindre l'équipe de campagne, Tanguy, lui, peaufine les propositions économico-budgétaires, notamment le plan de redressement des finances publiques promettant 125 milliards d’euros d’économies (qui doit être détaillé cet automne devant la presse). Le numéro 2 du RN à l’Assemblée, qui portait les fiches de sa patronne avant le débat du Medef, a aussi plaidé en faveur de la “règle d’or budgétaire” qui figure désormais au programme maison et vise à rassurer les marchés.
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