KRONSTORF, Autriche — Un village paisible niché dans les contreforts des Alpes pourrait bientôt consommer plus d’électricité que l’ensemble des foyers viennois. Le géant américain construit le premier centre de données hyperscale d’Autriche à la périphérie de la petite commune de Kronstorf, située à deux heures de route de la capitale. A terme, ce site pourrait consommer l’équivalent de 7% de la demande actuelle en électricité du pays.
Une résistance croissante pourrait toutefois venir contrecarrer les ambitions de l’entreprise. Un groupe d’opposants locaux — inquiets de la consommation énergétique vorace du centre de données et méfiants face à la mainmise d’un mastodonte américain de la tech — se bat pour empêcher son extension. Le président Donald Trump, quant à lui, a pris le parti des Big Tech, affirmant lundi dans un post sur son réseau social que les communautés s’opposant aux datacenters “finiront par être arriérées et pauvres”.
En Europe, des militants s’attaquent à des projets en France, tandis qu’en Italie, les habitants manifestent contre certains projets. En Irlande, où les centres de données consomment déjà un cinquième de l’électricité totale, les opposants ont tenté — sans succès — d’en faire bloquer la construction devant les tribunaux. Mais jusqu’à présent, les inquiétudes suscitées par les centres de données en Europe se sont heurtées à la crainte des gouvernements de voir le continent prendre du retard par rapport aux Etats-Unis et à la Chine dans la course à l’intelligence artificielle.
L’Union européenne prévoit de tripler la capacité de ses datacenters d’ici 2035. Bruxelles et les gouvernements nationaux se sont engagés à lever les obstacles réglementaires qui freinent l’essor de l’intelligence artificielle, tout en affirmant que celle-ci peut être soutenable. Les militants autrichiens demeurent sceptiques.
Il est tout simplement gigantesque”, estime Christina Gruber, écologiste spécialiste des eaux douces qui milite contre le datacenter de Kronstorf. Est-ce que ça en vaut la peine ?’” Lorsque Harald Müllner et Christina Gruber se garent devant l’immense chantier par une journée caniculaire du mois d’août, un flot ininterrompu de camions sort par le portail principal, transportant les débris déblayés par une douzaine de pelleteuses. Des grues dominent une salle de serveurs à moitié achevée.
Des piles de panneaux métalliques, de barres d’armature et de tuyaux en béton cuisent au soleil. Un peu plus loin sur la route, là où l’Enns se jette dans le Danube, des stations de pompage sont prêtes à prélever l’eau de refroidissement destinée au nouveau centre de données. Le nom de Google n’apparaît nulle part.
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